Les maladies diarrhéiques restent une importante cause de morbidité et de mortalité chez les jeunes enfants dans les pays à ressources limitées. Parmi les agents responsables, Shigella constitue une préoccupation particulière en raison de ses conséquences sanitaires et de la difficulté à détecter certaines infections. Cette étude montre que Shigella circule chez les jeunes enfants à Ouagadougou et peut se manifester par des formes cliniques qui ne correspondent pas toujours à la dysenterie classique.
Pendant un an, 750 enfants de moins de cinq ans vivant dans une zone périurbaine de Ouagadougou ont été suivis, grâce à un dispositif combinant visites à domicile et suivi clinique. Plus de 2 400 échantillons de selles ont ainsi été analysés.
L’incidence observée était de 6,8 infections à Shigella pour 1 000 enfants-mois, soit près d’un enfant sur douze chaque année. Ce niveau confirme la circulation active de la bactérie dans la communauté. Le risque était particulièrement élevé dans les tranches d’âge de 12 à 23 mois et de 36 à 47 mois.
Contrairement à l’idée reçue selon laquelle la shigellose se manifeste par une diarrhée sanglante, la plupart des enfants infectés n’avaient pas de sang dans les selles : 64,8 % présentaient des selles glaireuses, contre 9,1 % de selles sanglantes. Une surveillance limitée aux cas de diarrhée sanglante manquerait donc l’essentiel des infections.
Sur le plan microbiologique, Shigella flexneri était l’espèce dominante car il représentait 58,9 % des infections, suivie de S. boydii 23,2 % et de S. sonnei 14,3 %. Cette répartition souligne l’importance d’une surveillance locale des espèces et des sérotypes, notamment dans la perspective du développement et de l’introduction de futurs vaccins contre Shigella.
Les enfants dont le ménage s’approvisionne à une source d’eau publique avaient environ deux fois moins de risque d’attraper une shigellose que les autres. Ce résultat rappelle que la lutte contre les maladies diarrhéiques ne peut pas reposer uniquement sur les soins : l’accès à une eau sûre, l’assainissement et l’hygiène demeurent des interventions essentielles.
Ces résultats invitent enfin à renforcer la surveillance microbiologique. La coproculture, encore largement utilisée, est moins sensible que les techniques moléculaires : une partie des infections échappe probablement au diagnostic, ce qui conduit à sous-estimer le poids réel de la shigellose.
Pour le Burkina Faso, la prévention doit donc s’appuyer sur une approche intégrée : amélioration du diagnostic, surveillance des souches circulantes, accès à l’eau potable, assainissement, hygiène et, à terme, vaccination adaptée au contexte local.
Cet article est basé sur une publication scientifique conduite par des chercheurs au Groupe de Recherche Action en Santé (GRAS).
Lien : https://doi.org/10.1371/journal.pntd.0014624
Sidnoma Rosine KABORE
Chargée de Communication


